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  Vous aimez les collabos ?? 12-04-2007

Jeudi 24 août 1944

Aujourd'hui c'est Marseille et Bordeaux qui voient leurs chaînes tomber. Pour Marseille, ma joie est sans ombre. Je songe à Andrée et à Sam 5 dont je ne sais plus rien. J'imagine le soupir de délivrance qu'ils ont enfin dû pousser! Comme ce serait bon d'être avec eux en de tels instants! Pour Bordeaux, il faut attendre des détails. II y a eu des combats très vifs, paraît-il, en pleine ville. Mais comment s'apitoyer beaucoup sur celle qui

A Bordeaux, ils ont fait
mieux encore, ils sont
entrés, le dernier jour,
dans les F.F.I.

fut la plus collaborationniste des villes de France
, celle qui se laissa le plus facilement corrompre et séduire par la Barbarie? Dès maintenant se pose pour nous le problème de notre retour dans une ville dont nous avons tant à nous plaindre, d'une ville où tant de ceux que nous pensions nos amis nous ont trahis ou desservis, d'une ville enfin où la plupart des visages qui nous étaient familiers ont eu trop de sourires pour ces Barbares qui nous faisaient tant de mal. Ce que nous n'admettons pas, c'est qu'ils soient les premiers, aujourd'hui, à maudire le Barbare. Qu'ils aient au moins le courage de leur opinion. Nous ne leur en demandons pas plus. Qu'ils n'aient pas l'impudence de nous faire croire qu'ils étaient dans les mêmes sentiments que nous depuis le premier jour. Nous les attendrons à ce tournant. Ce que nous exigerons d'eux c'est qu'ils aient la franchise de reconnaître à quel point pendant si longtemps ils se sont laissés séduire à la fois par la Barbarie et par la Baverie vichyssoise. II n'y a aucun fanatisme dans notre cas. Nous n'avons pas la vanité de posséder la Vérité. Mais, pour tout homme de bonne volonté et juste, la Vérité peut-elle être ailleurs que là où nous l'avons mise? ( page 26 et 27 )

Dimanche 8 octobre 1944

Je reviens d'un voyage à Bordeaux, avec Sonia, notre premier déplacement depuis la Libération, et j'y ai été témoin d'un certain nombre de faits révoltants que je tiens à noter ici.
Partout ailleurs, les collaborateurs se sont contentés d'arborer des

Les salauds sont en
liberté ou occupent
des postes
importants dans la
Résistance.

insignes tricolores à leurs boutonnières, de pavoiser leurs façades et d'applaudir le maquis plus vigoureusement que tout le monde, quand il défilait dans les rues. A Bordeaux, ils ont fait mieux encore, ils sont entrés, le dernier jour, dans les F.F.I. On les voit dans les rues en tenues d'officiers, les magnifiques tenues mastic, les bottes somptueuses de 40. A eux les bagnoles, les laissez-passer, les portes largement ouvertes. Ils paradent à l'aise, ils légifèrent. Ils ont du pognon plein les poches, des filles plein leurs lits et leurs bagnoles. Ils arborent des brassards qui leur donnent tous les droits et pendant ce temps, moi, j'ai tout juste la permission de me faire réclamer mon identité à tous les coins de rue. Un civil, sans insigne, sans brassard. Hum! Je serais presque suspect. Mais oui, allez-y donc, Messieurs les ex-collaborateurs, ne vous gênez pas, faites-moi arrêter. Ce sera complet. Partout ailleurs les salauds sont mis sous les verrous, dans les geôles mêmes qu'utilisait pour leur joie la Gestapo. A Bordeaux on fait mieux. Les salauds sont en liberté ou occupent des postes importants dans la Résistance. Et si l'on consent parfois à les arrêter, on ne les loge pas au Fort du Hâ mais dans un palace à salles de bains où ils pourront jouir de tout le confort moderne exigé par leurs augustes personnes.
Partout ailleurs on a pu se féliciter de la nomination des hauts fonctionnaires de la République. A Bordeaux, ceux-ci mêmes s'étaient

A Bordeaux, ceux-ci
mêmes s'étaient
laissés corrompre et
de Gaulle lui-même a dû
les débarquer.

laissés corrompre et de Gaulle lui-même a dû les débarquer.
Partout ailleurs on s'est attaché à détruire tout ce qui avait été fait par les Barbares et par les Vichyssois. A Bordeaux on a eu à cœur d'imiter leurs
méthodes. Partout ailleurs on a fait disparaître chevaux de frise, barbelés, barrières, casemates, interdictions de toutes sortes. A Bordeaux, on se demande si on n'en a pas rajouté encore. C'est à croire qu'à Bordeaux la Résistance n'a pas meilleure conscience que la Wermacht ou que la Milice. Pourquoi se préserve-t-elle si peureusement? Partout ailleurs aussi on a rendu les immeubles privés occupés par les Barbares à leur ancien usage. A Bordeaux on les a gardés pour s'y installer en maîtres. Et comme ça ne suffisait pas, on en a occupés de nouveaux.
Partout ailleurs ça a été un cri unanime de délivrance qui a salué le départ des Barbares. Mais à Bordeaux, on était tellement corrompu par l'occupation qu'on en est venu à appliquer les mêmes méthodes. Ce qui fait que les FFI. n'ont pas de mal à se rendre aussi odieux sinon plus que ne l'étaient les Barbares. Cela permet aux Bordelais de vous dire

Ils apprenaient le
Barbare, ils
fréquentaient le
cinéma
barbare,

froidement qu'ils étaient plus tranquilles sous l'œil des Barbares. Bientôt, ils vont les regretter.
Je propose qu'on fasse une
enclave allemande à Bordeaux. Les Bordelais deviendront citoyens barbares. Ils seront ravis j'en suis sûr.

Partout ailleurs on rencontre des gens qui ont vraiment été dans la Résistance ou qui ont fait plusieurs mois de Maquis. A Bordeaux on rencontre des gens qui avaient magnifiquement caché leur jeu. Ils apprenaient le Barbare, ils fréquentaient le cinéma barbare, ils ne cachaient pas leur admiration pour la soldatesque barbare, ils évitaient soigneusement de se compromettre avec des Israélites ou des gens mal vus par les Barbares et ils se poussaient gentiment auprès des collaborateurs bien en place afin de jouir, grâce à eux, de toutes les facilités du moment, places gratuites au théâtre, voyages à l'œil, invitations à dîner, etc... etc... Mais vous vous trompez. Ce n'étaient pas de petits salauds, de sales petits arrivistes sans foi ni loi. C'étaient d'authentiques héros. Des héros obscurs mais glorieux de la Résistance. Du moins, c'est ce qui résulte des articles qu'ils placent dans les nouveaux journaux - et comment arrivent-ils à les y placer c'est encore un nouveau mystère - où ils écrivent de tels panégyriques à la gloire de tel camarade à eux, martyr de la Gestapo, qu'on croirait vraiment, tant ils ont de talent pour se gober, qu'ils étaient eux-mêmes dans la Résistance avec ce copain, partageant tous ses dangers, vivant toutes ses transes et liés à lui par les secrets les plus importants visant la Libération du Pays. Mais

ils se poussaient
gentiment auprès des
collaborateurs bien en
place afin de jouir

oui, c'est ainsi que les choses se passent à Bordeaux.
Mais que voit-on encore?
Partout ailleurs, les F.T.P. obéissent au moins à de Gaulle et à la République. Des communistes eux-mêmes font partie du gouvernement. Le Parti Communiste enfin marche la main dans la main avec de Gaulle. Mais à Bordeaux c'est différent. Les F.T.P. ne veulent obéir à personne. On ne sait même pas s'ils consentiraient à obéir à eux-mêmes.
Partout ailleurs les F.T.P. ont donné le spectacle d'un prolétariat décidé à instaurer enfin la Justice sociale et prêt à collaborer à l'édification d'une œuvre durable de civilisation et de dignité. ( pages 60 à 63 )


Elle n’est pas belle « ma ville » ?? 
Merci aux éditions Finitudes d’avoir publié ceci. Les autochtones n’ont pas réagi tellement ce moment d’histoire est une banalité pour eux : à vomir.
Allez voir cet éditeur, outre les excellents bouquins de Raymond Guérin, leur production est passionnante.





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